Je rentre nue et le seau léger.
"A bien y réfléchir, mon idéal serait certainement une vie sous un climat tropical au bord de la mer favorisant les vêtements fluides et le corps léger, un short court et des jambes libres de marcher pieds nus. Certaines contrées, par leur climat ou société, offrent plus que d’autres cette liberté de renouer avec l’essence originelle de l’être humain, animale. La pression d’une ceinture, d’un soutien-gorge ou d’une paire de talons contractent autant le corps que l’esprit. Suffoquant sous l’étreinte pénible de la mode et de la moralité, j’affectionne les grands espaces sauvages affranchis au regard de toute gêne. Mais à Sahoany, l’immensité a pour obstacles le poids des traditions, les fady et l’insécurité.
La journée a été longue et chaude à nouveau. La nuit tombée annonce le réconfort. Je remplis les deux-tiers d’un seau à partir du gros bidon jaune ; juste ce que mes bras sont capables de transporter. Le corps hissé sur la gauche, attentive à ne pas perdre une seule goutte, je titube à travers la cour et me faufile entre les murs de falafa. La douche est un espace de deux mètres carrés juste derrière la maison. Je dépose le seau sur la dalle en ciment ronde, mes habits sur la palissade et m’accroupis sous un ciel noir gorgé d’étoiles scintillantes.
Quelle étrange malédiction m’a donc planté une vis dans le dos que le temps remonte d’un cran toutes les heures, comprimant les omoplates, resserrant les nerfs des épaules ? En quête de réponse, il m’avait fallu remonter le temps jusqu’au pivot, quelque part au cœur de la charpente familiale. La peur gisait là, coincée sous les décombres. Elle avait grandi au milieu de piliers vacillants, en alerte continue, redoutant la chute à chaque oscillation plus marquée. On l’avait soutenue pour mieux se soutenir, sans la voir.
L’eau seule permet de relâcher l’étau. L’eau qui lave, efface les sillons de poussière et de tension, emporte la saleté et la crispation contenue. L’eau qui murmure souffle, respire. Le premier verre répand sa fraîcheur dans l’obscurité. Le savon glisse sous ma paume puis je laisse l’eau couler en minces filets, un verre à la fois, tout en frottant activement pour diluer la pellicule visqueuse jusqu’à ce que le crissement sur la peau chante la propreté. Enroulée dans un lambahoany, l’étoffe traditionnelle malgache, je rentre nue et le seau léger."

Les promesses suspendues

Journal de bord d'une éco-volontaire à Madagascar

Lauren Terrigeol
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